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Georges Brassens
   

Georges Brassens

Je me souviens d'une soirée mémorable, une nuit même - nous avions quoi ? seize, dix-sept ans - pendant laquelle chacun à notre tour nous jetions le titre d'une chanson de Brassens en patûre à l'ami Philippe Didion et celui-ci de la chanter tout du long par coeur, vers et accords, sans erreur, sans hésitation. Et le tour des copains fini, la ronde recommençait, ainsi tout le répertoire ou pas loin. Bien des années plus tard, en 1998, j'ai vu sur la scène de la salle Poirel à Nancy Maxime Le Forestier s'adonner exactement au même exercice, le public lançant les titres au chanteur. A une différence près : Maxime Le Forestier s'aidait d'un cahier où étaient inscrits les premiers vers des strophes de chaque chanson ... Dail, surnom du notulographe dominical et domestique, s'en passait.

Brassens n'était pas seulement un merveilleux poète aux textes savoureux et aiguisés, il développait une forme d'anarchisme bon enfant et pacifiste. Il disait traverser dans les clous pour ne pas avoir à parler avec le flics, craignait les foules imbéciles, cultivait l'amitié comme une vertu cardinale, tout cela me convient si bien ... Mieux que n'importe lequel de mes profs de lettres, il m'a convaincu de lire Villon et, bien avant que l'Internet ne rende ce genre de recherche bien plus aisé, je n'avais pas été peu fier de dégotter le recueil des textes de Jean Richepin, La chanson des gueux, un ouvrage qui vaudra à son auteur en 1877 un procès pour outrage aux bonnes moeurs, un mois de prison et la saisie du livre.

Je ne vais pas vanter les qualités de mélodiste de Brassens, elles sont connues au moins des musiciens. Et le guitariste que je suis apprécie. Les chansons de Georges Brassens sont un refuge aux valeurs sûres et elles sont nombreuses à figurer à mon répertoire. J'ai une tendresse particulière pour La princesse et le croque-notes, La non demande en mariage, La fille à cent sous et Pénélope, avec une mention spéciale pour Les passantes mais, les paroles étant signées Antoine Pol, je la range hors concours. C'est mon classement du jour. Demain, ce sera Quatre-vingt-quinze fois sur cent, Stances à un cambrioleur, Le blason. Et tous les jours, je me fredonne en destinant ces vers à la dame de mes pensées :
"Chez elle, tout est bon, il n'y a rien à jeter,
Sur l'île déserte, il faut tout emporter.
"

 

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